Par Renato Cudicio, MBA, Président de Glocal Robotics
L’arrivée du robot THALAMUS en Amérique du Nord va nécessairement susciter de la curiosité. C’est normal. Un robot autonome de sécurité attire le regard, provoque des questions, parfois de l’enthousiasme, parfois du scepticisme. Depuis son arrivée au Québec, THALAMUS entre dans une nouvelle étape : son adaptation aux exigences du marché nord-américain et aux conditions canadiennes.
Mais la première question ne devrait jamais être : « Combien coûte un robot? »
La bonne question est plutôt : « Avons-nous un problème de sécurité pour lequel un robot est réellement pertinent? »
Car il faut le dire clairement : un robot autonome de sécurité n’est pas utile partout. Il ne remplace pas une stratégie de sécurité. Il ne corrige pas, à lui seul, un site mal conçu, une procédure absente ou une culture de sécurité défaillante. En revanche, dans certains environnements, il peut devenir un outil extrêmement puissant : un prolongement mobile des yeux du centre de surveillance, un soutien aux agents, une présence dissuasive, une capacité de levée de doute et un moyen de rendre les rondes moins prévisibles.
Voici donc dix questions simples pour savoir si un robot comme le THALAMUS mérite d’être envisagé.
1. Votre site est-il suffisamment vaste pour que la surveillance humaine atteigne rapidement ses limites?
Un petit site compact, bien éclairé, entièrement visible depuis quelques caméras et facile à parcourir à pied n’a probablement pas besoin d’un robot autonome.
La question devient différente lorsque le site est grand, étendu, irrégulier, difficile à couvrir ou trop long à patrouiller. Chez un de nos clients, la ronde configurée pour le THALAMUS couvre 16 km. Un agent en voiture, tous phares allumés, met une heure et demie pour la parcourir — il ne peut donc la faire qu’une seule fois par nuit. Le robot, lui, met deux heures et demie, mais la répète trois fois dans la même nuit, en alternant passages éclairés et passages sans éclairage. Trois passages variables contre un seul passage prévisible : la différence de couverture n’est pas marginale, elle change complètement la nature de la surveillance.
Il ne s’agit pas de remplacer l’agent. Il s’agit de lui donner un moyen de présence supplémentaire.
2. Votre site a-t-il une raison d’attirer des personnes non autorisées?
Tous les sites ne présentent pas le même niveau d’intérêt pour un intrus.
Un terrain contenant des véhicules, des métaux, du carburant, des équipements coûteux, des données sensibles, des matériaux de construction, des infrastructures critiques ou des installations stratégiques n’est pas un terrain comme les autres. Certains sites attirent le vol. D’autres attirent l’espionnage, le sabotage, la curiosité, la contestation ou simplement l’opportunisme.
Et l’attirance d’un site ne vient pas toujours d’où l’on croit. Chez un de nos clients, le terrain comporte des déchets industriels dangereux — mais aussi un étang bien garni en poissons. Les intrusions ne venaient pas d’espions ou de voleurs de métaux : c’étaient des pêcheurs qui sautaient la clôture pour taquiner la mouche, sans avoir la moindre idée du danger réel qu’ils côtoyaient. Le risque qu’on anticipe n’est pas toujours celui qui se matérialise.
Plus le site a quelque chose à perdre — ou à faire perdre à quelqu’un d’autre — plus la surveillance doit être pensée sérieusement.
3. Le périmètre est-il clairement défini?
Un robot de sécurité travaille mieux lorsque le territoire à surveiller est lisible.
Une clôture, des portails, des voies de circulation, des zones interdites, des accès identifiés et une signalisation claire donnent au dispositif de sécurité une structure. Le robot n’a pas besoin d’un site parfait, mais il a besoin d’un environnement compréhensible, cartographiable et cohérent.
Cela suppose une condition non négociable : le site doit être fermé au public pendant les rondes du robot. Un terrain où des « touristes » peuvent circuler librement pendant qu’un robot autonome patrouille n’est pas un environnement adapté — non pas à cause du robot lui-même, mais parce que la distinction entre présence autorisée et présence suspecte devient impossible à établir, pour un humain comme pour une machine.
Si le périmètre n’est pas clair pour les humains, il le sera rarement pour la technologie.
4. Existe-t-il des zones mortes?
C’est souvent là que les problèmes commencent.
Une caméra fixe voit très bien ce qu’elle voit. Le problème, c’est tout le reste : l’angle mort derrière un bâtiment, le bout d’une clôture, la zone mal éclairée, l’arrière d’un entrepôt, le stationnement éloigné, le chemin de service, le conteneur placé au mauvais endroit.
Un robot autonome devient pertinent lorsqu’il peut aller voir là où les caméras fixes ne voient pas toujours.
5. Y a-t-il de longues périodes sans ronde?
La sécurité se joue souvent la nuit, les fins de semaine, les jours fériés, pendant les changements de quart ou dans ces moments un peu flous où tout le monde croit que quelqu’un d’autre surveille.
Si certaines zones ne sont pas visitées pendant de longues périodes, le risque augmente. Pas seulement parce qu’un intrus peut entrer, mais parce qu’il peut prendre son temps.
Un robot peut réduire ces fenêtres d’inattention. Il peut répéter, varier, attendre, revenir, vérifier. Il n’a pas froid. Il ne s’ennuie pas. Il n’est pas tenté de raccourcir une ronde parce que rien ne s’est passé depuis trois semaines.
6. Vos rondes sont-elles trop prévisibles?
Une ronde trop régulière rassure parfois davantage l’organisation que le site lui-même.
Si une personne mal intentionnée peut observer les habitudes, comprendre les horaires, repérer les passages et anticiper les absences, la ronde devient moins efficace. Elle existe encore, mais elle perd une partie de sa force.
Un robot permet de varier les scénarios : ronde visible, ronde silencieuse, arrêt prolongé dans une zone sensible, passage aléatoire, vérification après alerte, présence dans un secteur rarement visité. Cette imprévisibilité a une vraie valeur opérationnelle.
7. Avez-vous déjà des caméras, des radars ou des détecteurs, mais trop peu de moyens pour lever le doute?
Beaucoup de sites sont aujourd’hui riches en détection, mais pauvres en qualification.
Une alarme se déclenche. Une caméra montre quelque chose. Un radar signale un mouvement. Mais que se passe-t-il ensuite? Qui regarde? Qui comprend? Qui se déplace? Combien de temps faut-il pour savoir s’il s’agit d’un animal, d’un employé en retard, d’un intrus, d’un véhicule ou d’un simple faux positif?
Cette question a pris un relief particulier avec le vol survenu au Louvre en octobre 2025. Un responsable de la sécurité nous expliquait récemment que, dans ce genre de contexte, la priorité absolue des directions est désormais la sécurité de leurs propres agents. Concrètement, cela signifie qu’il devient inenvisageable d’envoyer un gardien effectuer seul une levée de doute face à une intrusion en cours : la consigne est d’alerter immédiatement les forces de l’ordre plutôt que d’exposer un employé. Le problème, c’est le temps que prennent les forces de l’ordre pour arriver sur place — largement suffisant, la plupart du temps, pour que les intrus soient déjà repartis.
C’est précisément dans cet espace que se loge l’intérêt d’un robot comme le THALAMUS : il peut se rendre rapidement sur les lieux sans mettre un agent en danger, devenir les yeux du personnel de sécurité en temps réel, et, idéalement, faire fuir les intrus par sa seule présence avant même qu’ils aient eu le temps de commettre un délit.
8. Disposez-vous d’un centre de télésurveillance ou d’une équipe capable d’exploiter les images?
Un robot autonome ne doit pas être un objet isolé.
Il doit s’inscrire dans une chaîne de décision : détection, déplacement, levée de doute, transmission, analyse, décision, intervention. Cela suppose qu’un centre de télésurveillance, une équipe de sécurité ou des responsables identifiés puissent recevoir les informations, les comprendre et agir.
Sans opérateur, sans procédure, sans escalade claire, le meilleur robot risque de devenir une belle machine qui envoie des images à personne.
9. Vos agents sont-ils utilisés pour des tâches répétitives à faible valeur ajoutée?
Il faut être honnête : une grande partie du travail de sécurité consiste à refaire les mêmes rondes, vérifier les mêmes clôtures, parcourir les mêmes chemins et constater que rien ne s’est passé.
Ce travail est nécessaire, mais il use les équipes. Il consomme du temps, de l’attention et parfois du courage physique dans des conditions difficiles : froid, chaleur, pluie, obscurité, isolement, longues distances.
Un robot est pertinent lorsqu’il libère les agents d’une partie de cette répétition pour leur permettre de se concentrer sur ce que les humains font le mieux : juger, décider, intervenir, communiquer.
10. Votre organisation est-elle prête à intégrer un robot dans sa culture de sécurité?
C’est probablement la question la plus importante.
Acheter ou louer un robot est une décision technique. L’intégrer est une décision organisationnelle. Il faut définir des missions, des scénarios, des responsabilités, des horaires, des réactions aux alertes, des règles de cybersécurité, des procédures de maintenance et des critères de succès.
Un robot ne remplace pas la culture de sécurité. Il la met à l’épreuve. Il oblige l’organisation à répondre à des questions simples, mais souvent négligées : que voulons-nous vraiment surveiller? À quel moment? Pourquoi? Qui décide lorsqu’il y a une anomalie? Que fait-on de l’information reçue?
Alors, avez-vous besoin d’un robot?
Cette grille n’est pas scientifique. Elle est volontairement pragmatique.
Si vous répondez « oui » à deux ou trois questions, un robot n’est probablement pas votre priorité immédiate. Il vaut peut-être mieux améliorer d’abord les procédures, l’éclairage, les caméras, le contrôle d’accès ou la formation.
Si vous répondez « oui » à cinq ou six questions, la discussion devient sérieuse. Il y a probablement un enjeu de couverture, de présence, de levée de doute ou d’efficacité opérationnelle.
Si vous répondez « oui » à sept questions ou plus, alors un robot autonome de sécurité mérite clairement d’être évalué.
L’arrivée du THALAMUS en Amérique du Nord ne signifie pas que tous les sites doivent se robotiser. Ce serait absurde. Elle signifie plutôt qu’une nouvelle option devient disponible pour les sites qui ont de vrais défis de surveillance, de distance, de répétition, de dissuasion et d’intégration.
Un robot comme le THALAMUS n’est pas pour tout le monde. Mais pour les sites qui en ont réellement besoin, il peut changer profondément la manière de penser la sécurité.