Du Cambodge à SPARK : pourquoi Glocal Robotics s’engage avec le Pacte mondial des Nations Unies

Du Cambodge à SPARK : pourquoi Glocal Robotics s’engage avec le Pacte mondial des Nations Unies

Par Renato Cudicio, MBA, Président de Glocal Robotics

En 1992, j’ai eu la chance de participer à la plus grande mission des Nations Unies de l’époque, au Cambodge. J’étais jeune, plein d’enthousiasme, et cette expérience a laissé en moi une empreinte qui ne s’est jamais effacée. J’y ai vu, sur le terrain, une organisation imparfaite — comme toutes les organisations humaines — mais porteuse de valeurs qui me ressemblaient. Le respect de la personne. L’idée qu’on peut reconstruire. La conviction qu’un cadre commun vaut mieux que le chacun-pour-soi.

Trente ans plus tard, ces valeurs sont toujours les miennes. Et je les retrouve, sans effort, dans celles de mes entreprises.

C’est pourquoi Glocal Robotics a décidé de soutenir les actions du Pacte mondial des Nations Unies (United Nations Global Compact) et de s’inscrire à son programme SPARK. Nous faisons désormais partie des quelque 6 500 entreprises, partout dans le monde, qui visent une certification d’ici la fin de 2026. Je tiens à le dire clairement : ce n’est pas une case à cocher ni une obligation subie. C’est une décision philosophique et stratégique. Je la prends parce que j’y crois, et parce que je pense que, dans le contexte bouleversé qui est le nôtre, chaque entreprise doit faire sa part — à son échelle, avec ses moyens.

Le Pacte mondial des Nations Unies, en quelques mots

Le Pacte mondial est la plus vaste initiative de responsabilité d’entreprise au monde. Lancé au tournant des années 2000, il est volontaire : aucune loi n’oblige une société à y adhérer. Il repose sur dix principes universels, regroupés en quatre domaines — les droits de la personne, les normes du travail, l’environnement et la lutte contre la corruption — et il s’inscrit dans la logique des Objectifs de développement durable.

L’idée est simple : une entreprise qui aligne sa stratégie et ses opérations sur ces principes ne se contente pas de « bien paraître ». Elle construit quelque chose de plus solide, de plus durable, et de plus digne de confiance. Or la confiance, dans mon métier, n’est pas un supplément d’âme. C’est le cœur du produit.

SPARK : un plan clair plutôt qu’une injonction floue

Le reproche qu’on adresse souvent à ce type de démarche, c’est le flou. On nous dit d’être « responsables », « durables », « exemplaires », sans jamais nous dire par où commencer. SPARK répond précisément à cette objection.

C’est un parcours d’apprentissage de trois mois, conçu par le Pacte mondial pour les PME et les fournisseurs qui veulent renforcer leurs pratiques sans tout révolutionner du jour au lendemain. Concrètement : des modules en ligne, des sessions animées par des experts, des outils applicables directement à l’entreprise, et une dizaine d’heures de travail réparties à son rythme. Le tout structuré autour de trois axes — l’environnement, le social et la gouvernance — posés sur le socle des dix principes.

On n’attend pas de nous que nous résolvions tout d’un coup. On nous demande d’avoir un plan clair et de nous y tenir. Cette approche me parle, parce que c’est exactement celle que j’applique à l’ingénierie : on ne maîtrise bien que ce qu’on décompose méthodiquement.

Qu’est-ce que cela change quand on fabrique un robot?

On pourrait croire qu’un tel programme concerne surtout les grandes chaînes industrielles ou les entreprises de biens de consommation. C’est une erreur de perception. Fabriquer un robot autonome de sécurité comme le THALAMUS, c’est réunir, dans une seule machine, à peu près toutes les questions que SPARK soulève.

Un robot, c’est de l’énergie — celle qu’on consomme à l’atelier, celle que la machine dépense à patrouiller jour et nuit. C’est une chaîne d’approvisionnement — des dizaines de composants, venus de partout, avec chacun leur histoire sociale et environnementale. C’est une équipe — des femmes et des hommes qui conçoivent, assemblent, testent, dans des conditions qui doivent être sûres. Et c’est un système qui collecte des données sensibles, dont il faut répondre.

Autrement dit, la responsabilité n’est pas à côté du produit. Elle est dans le produit.

Trois axes, des gestes concrets

Voici, pour chacun des trois axes de SPARK, ce que nous nous engageons à faire concrètement — non pas en théorie, mais dans la réalité d’une entreprise qui construit des robots.

L’environnement. Commencer par mesurer l’empreinte énergétique de notre atelier et de nos phases d’assemblage, parce qu’on ne réduit que ce que l’on mesure. Pousser l’éco-conception, ensuite : un robot modulaire, réparable et évolutif se remplace moins souvent qu’un produit jetable — c’est bon pour la planète, et c’est aussi, je l’assume, un argument de résilience industrielle. Optimiser l’autonomie énergétique de la machine elle-même : batteries, cycles de recharge, trajectoires de ronde, tout cela pèse sur la consommation en exploitation. Et penser la fin de vie dès le départ : batteries, cartes électroniques, déchets — rien de tout cela ne devrait finir au hasard.

Le social. La santé et la sécurité au travail ne se négocient pas quand on manipule des batteries, des pièces mécaniques et des plateformes mobiles en essai. Former et faire monter en compétence l’équipe, parce qu’une entreprise de haute technologie ne vaut que par les personnes qui la composent. Exiger de nos fournisseurs qu’ils respectent, eux aussi, des conditions de travail décentes. Et ne jamais perdre de vue la finalité sociale du robot : le THALAMUS existe pour prendre en charge les tâches que les agents ne veulent plus, ne savent plus ou ne devraient plus faire — pas pour remplacer l’humain, mais pour le libérer de ce qui l’use.

La gouvernance. C’est probablement l’axe sur lequel nous avons le moins de chemin à parcourir, parce qu’une grande partie de ces principes est déjà intégrée à notre manière de travailler. Code de conduite, politique claire contre la corruption, règles nettes avec nos partenaires : la base est en place. Mais surtout, nous avons depuis longtemps fait de la transparence de la chaîne d’approvisionnement, de la traçabilité des composants et de la protection des données dès la conception des enjeux centraux. Les lecteurs de ce blogue reconnaîtront là ce que je défends régulièrement sous les notions de nomenclature matérielle et logicielle, de chaîne de confiance et de souveraineté des données. Sur ce volet, SPARK ne nous demande donc pas de changer de direction : il nous permet surtout de structurer, documenter et inscrire dans un cadre reconnu des convictions et des pratiques que nous appliquions déjà — les mêmes qui nous conduisent à nous conformer au niveau 1 du PCCC et à travailler au niveau 2.

Un coût aujourd’hui, une discipline qui rapporte demain

Soyons honnêtes, car l’approximation ne rend service à personne : adopter ces nouvelles manières de faire a un coût à court terme, car le changement en soi est énergivore. Mais c’est un investissement, dont le rendement peut être très rapide. Et puis, mesurer, c’est déjà s’améliorer. Chaque kilowattheure, chaque déchet, chaque étape que l’on documente finit par révéler une inefficacité que l’on ignorait. La rigueur qu’exige SPARK ne nous ralentit pas : elle nous oblige à être meilleurs. Et une entreprise plus efficace est, à moyen terme, une entreprise plus rentable. Le coût d’aujourd’hui est l’économie de demain.

Également, cette exigence est bénéfique pour la communauté dans laquelle nous vivons — et elle devient, marché après marché, un critère valorisé, quand il n’est pas carrément exigé, par les donneurs d’ordre. Dans les infrastructures critiques, la défense et les marchés publics, la responsabilité et la traçabilité d’un fournisseur deviennent une condition d’accès. Ceux qui s’y préparent aujourd’hui ne subiront pas, demain, une transformation qu’ils auront choisie trop tard.

Ce que je retiens

Si je devais résumer notre engagement, ce serait en une phrase. Construire une machine digne de confiance et construire une entreprise digne de confiance, c’est le même travail.

Le THALAMUS surveille des sites sensibles parce que ses clients lui font confiance. Cette confiance, nous la devons à la maîtrise de notre technologie, mais aussi à la manière dont nous fabriquons, dont nous traitons nos gens, dont nous choisissons nos fournisseurs et dont nous respectons l’environnement qui nous accueille. SPARK et le Pacte mondial ne nous demandent rien d’étranger à cela. Ils nous demandent de le faire mieux, de le prouver, et de nous y tenir.

Au fond, c’est le même fil qui court depuis le Cambodge : l’idée qu’un cadre commun vaut mieux que le chacun-pour-soi, et qu’une entreprise, comme une personne, se juge autant à ce qu’elle produit qu’à la façon dont elle le produit.